Seuil – présentation

CRÉATION au THÉÂTRE L’ÉCHANGEUR, du 2 au 13 mars 2015.

SEUIL d’Alain Enjary. Mise en scène et scénographie Arlette Bonnard. Musique Christian Maire. Lumière et régie générale Éric Fassa. Construction Eric Fassa et Michel Tardif, peinture Anne Buffat. Bande son réalisée au Studio du Val d’Orge, ingénieur du son Jean Taxis. Collaboration artistique Danièle Gironès et Eric Fassa. Avec A. Enjary et A. Bonnard, et les voix de Elsa Bosc et Jean-François Maenner. Production AMBRE, avec le soutien de la DRAC  d’Ile-de-France, et l’aide d’Arcadi Ile-de-France / Dispositif d’accompagnements. Coréalisation Théâtre l’Échangeur-Compagnie Public Chéri.

« … Un coup de pied au cul, quand il est bien donné, peut faire rire le monde entier ! Et comme c’est vrai ! Il y a toute une gamme, toute une science, tout un style des coups de pieds au cul. Mais hélas, les traditions se perdent et le public demande sans cesse du nouveau… du nouveau, de la nouveauté à quoi ça ressemble ! C’est vieux comme le monde ça, la nouveauté ! » Jacques Prévert. Les Enfants du Paradis

Il était plusieurs fois… Une femme et un homme. Un retour imprévu. Les tout premiers instants d’un recommencement dont on ne sait presque rien de ce qui a précédé, ni de ce qui va suivre, mais recommencement qui recommence, étrangement, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Éternel retour sur ce seuil, sur le fil de ce bref et unique présent, où elle et lui restent tels quels, indemnes, où le temps revient à zéro, où il est question pourtant de métamorphoses (évolution, vieillissement ?), où pourtant une histoire (d’amour, de revenants ?) se raconte, un suspense  s’installe. Peut-être en spirale — telle que Jankélévitch en parle à propos de la ronde : « mouvements sur place qui enferment la mobilité dans l’immobilité. C’est un jeu… Peut-être parce que l’immobilité de la giration dessine secrètement une spirale. La temporalité rend toute relative l’opposition du mouvement rectiligne et du mouvement giratoire : la spirale est un progrès qui lambine… »

De la succession entêtée, entêtante, un peu magique ou enfantine, d’une même chose différente — et initiale — naît une drôle d’émotion, de surprise, d’expérience du temps, initiatrice — et amusante. Peut-être parce que le théâtre — chaque fois immédiat, nouveau, éphémère en même temps que répétition supplémentaire chaque fois — par une sorte d’aveu complet, naïf, joyeux de ce paradoxe, tente de faire ici pour un moment, d’un monde qui n’en finit pas de finir, un monde qui commence en permanence de commencer.  A. Enjary


N.B. Commencement, fin, recommencement ; répétition, évolution ; révolution, reproduction ; ressassement, invention ; découverte, habitude ; décrépitude, enfance ; résistance, décadence ; retard, avance, exactitude ; permanence éternelle, perpétuel écoulement ; Héraclite, Parménide… Réconciliés ? En tout cas toujours à la pointe de l’actualité…

« Tout changement est changement de quelque chose. Il doit exister une chose qui change ; et cette chose doit demeurer, pendant le changement, identique à elle-même. Mais, si elle reste identique à elle-même, comment peut-elle changer ? Cela semble réduire à l’absurde l’idée qu’une chose particulière puisse changer. Une feuille verte change en devenant brune ; mais pas si nous la remplaçons par une feuille brune ; il est essentiel pour le changement que la feuille changeante demeure la même feuille pendant qu’elle change. Mais il est aussi essentiel qu’elle devienne quelque chose d’autre. » Karl Popper (cité par A. Boyer, Sciences et Avenir, « L’univers est-il sans histoire ? »


Seuil – photos

photos Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau

Seuil – extraits de presse

Prenons de la hauteur à Bagnolet

À l’écart un peu de l’effervescence parisienne, Bagnolet à l’est, mi-village d’avant, mi-immeubles montés du col, s’offre le luxe de deux théâtres. L’un et l’autre font assaut de valeur artistique. On ne dira jamais assez que c’est en de tels lieux, menacés par leur exigence en terres de mission, que se perpétue un désir d’art vertueux. Au Colombier, la Cie Irakli présente le Vent dans la bouche. (…)

À l’Échangeur, c’est Seuil, un texte d’Alain Enjary, qu’il joue avec Arlette Bonnard, qui signe mise en scène et scénographie. Un mur, troué d’une porte côté cour. L’homme y frappera à maintes reprises. La femme chaque fois ouvrira, avec un geste d’affolement. Dans la parole volubile empêtrée de l’homme, on perçoit sensiblement, au fil des variantes, une espèce de mauvaise conscience recuite. Il doit avoir à se reprocher. En général, il n’entre pas. La fois où il passe le seuil, ils se battent, roulent à terre. Une autre fois, elle l’accepte… Magnifique réflexion en actes sur le temps passé, le nevermore (jamais plus) qui fait tout le drame et le sel de la vie et dans lequel l’art (ici donc le théâtre) prend généreusement sa source nourricière. Jean-Pierre Leonardini. L’HUMANITE

Seuil, texte de Alain Enjary, mise en scène et scénographie d’Arlette Bonnard

La figure du revenant shakespearien s’avère un motif familier du domaine théâtral, un leitmotiv, une répétition plastique, musicale, chorégraphique et architecturale.

Le dernier spectacle du duo Alain Enjary et Arlette Bonnard pourrait se lire à l’intention de celle-ci, comédienne, metteuse en scène et scénographe, comme le retour infernal ou festif de celui-là, comédien et auteur. Sur le pas de porte de la dame, usé peut-être de tant de semelles frottées, se tient une âme, un homme, un esprit d’apparence physique qui reviendrait d’un autre monde, d’un autre temps passé. Soit l’expérience pour la voyante malgré elle, d’un fantôme et d’un spectre qui ressurgit soudainement à se yeux et sans alerte, si ce ne sont les coups rudes frappés à la porte, soit l’expression d’une aventure amoureuse indéfinie jamais close. La réaction féminine face à cette apparition inopportune et décalée dans le cours de sa propre histoire provoque la peur, l’épreuve d’une épouvantable horreur.

La comédienne dont la silhouette fine et sportive aux cheveux souples et blancs défie le temps avec grâce, se retourne brusquement, le dos collé à la paroi d’un long et beau corridor de bois de pin blanc, éclairé avec douceur, qui jouxte la porte d’entrée. Surprise, le visage offensé, elle lève les bras comme pour s’agripper à un repère qui lui échappe. Puis elle attend, écoutant le discours masculin, un flux de paroles autocritiques sur la situation inopinée que ce revenant impose, commentant, argumentant et ne prenant jamais parti pour telle éventualité, se perdant dans des suppositions infinies qu’il nomme lui-même un vertige, un vide, un néant sans futur.

L’homme franchit le seuil parfois pour entrer dans la demeure, jamais pour en sortir, et on le surprend à nouveau qui récidive, faisant retour en cognant la porte de bois, cinq, six ou sept fois. Cette entrée dans un foyer signifie par métaphore un recommencement existentiel, une chance ouverte de vie nouvelle à ressaisir. Pourquoi pas, le début d’une histoire autre, le seuil d’une renaissance, le passage à un niveau supérieur selon le dessin ascendant de la spirale de l’évolution.

L’homme, en toute humilité et de sa voix de stentor est prêt à répéter l’aventure de l’amour en la recommençant, en la refaisant, en la réessayant et en la renouvelant. Précautionneuse, cette réitération ne veut dire ni copie, ni imitation, ni reproduction. L’homme a la force majestueuse de qui tente et ose, en dépit de tous les risques. Manipulateur et metteur en scène de sa propre existence, il met à distance les inhibitions de la vie réelle et préfère assumer l’audace d’un rêve fou qui organise avec appétit un nouveau délire amoureux. Palliant l’insuffisance de la raison consciente et du quotidien des jours, il bascule résolument du songe — une leçon d’être — à la veille, en jouant du pouvoir des possibles et des imaginaires.

Ce spectacle solide est d’étoffe poétique, conciliant l’art de l’attente et celui du silence, par-delà le discours volubile du quémandeur qui pourrait — petit bémol souhaité — écourter un peu et sans souffrir le ressassement infini de ses beaux dires. Véronique Hotte. HOTTELLOTHETRE.WORDPRESS

Seuil. AMBRE. Théâtre L’Échangeur

Que se passe-t-il dans l’instant où l’on va — ou non — franchir le seuil ? C’est le cœur qui en prend un coup. Le désir, l’attente, la peur, tout cela circule à toute allure dans le sang, dans les nerfs. L’imagination se déploie à la vitesse du rêve : vais-je frapper ? Et si elle n’était pas là ? Pourvu qu’elle ne soit pas là… L’imagination rembobine le film, modifie le scénario, qui revient pourtant toujours au même point : sur le seuil, et à l’instant de frapper, ou non.

Seuil met aux prises, sans jamais qu’ils se touchent (ou presque, et alors, cela prend des proportions immenses), un homme qui revient et une femme qui a cessé d’attendre, quoique… Lui ne plaide pas sa cause, il s’explique avec lui-même, il suit les circonvolutions de sa peur, de son désir. Il laisse les mots faire des étincelles, entre le revenant et le revenez-y, l’éternel retour et le « plus jamais », il en jouit. Elle, c’est la sidération. Le cœur fait cela, aussi : tout mettre en mouvement, et tout arrêter.

L’écriture d’Alain Enjary est à la fois très philosophique et très concrète : l’attente, le retour, c’est le lieu de tous les possibles, c’est aussi une histoire de train à prendre ou à ne pas prendre, de choix entre frapper ou sonner à la porte. Le « presque rien », façon Jankélévitch, est scruté avec abondance, dans tous ses replis, et manifestement avec gourmandise.

Alain Enjary est aussi un excellent diseur. On peut être plus réservé sur la place faite au théâtre proprement dit. (…) Arlette Bonnard, grande et belle silhouette de danseuse, oppose une résistance quasi muette à l’intrus. Une petite irruption sonore du « dehors », quelques événements minuscules autour du seuil, et la succession sans fin des premières fois : il s’en faut de peu que l’on ne sorte tout à fait content du spectacle. (…)  Christine Friedel  THEATREDUBLOG.UNBLOG

Seuil

Les lecteurs se souviennent sans doute d’Arlette Bonnard (comédienne et metteur en scène) et d’Alain Enjary (comédien et auteur) auxquels Esprit a consacré trois articles : « Le Recueil des petites heures » (n°251, mars-avril 1999), « Animaux suivis d’Autres animaux » (n°269, novembre 2000), « Oui », (n°372, février 2011). Ils créent une nouvelle pièce : Seuil, qu’Alain Enjary présente ainsi : « Il était plusieurs fois… Une femme et un homme. Un retour imprévu. Les tout premiers instants d’un recommencement dont on ne sait presque rien de ce qui a précédé, ni de ce qui va suivre, mais recommencement qui recommence, étrangement, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Éternel retour sur ce seuil, sur le fil de ce bref et unique présent, où elle et lui restent tels quels, indemnes, où le temps revient à zéro, où il est question pourtant de métamorphoses (évolution, vieillissement ?) où pourtant une histoire (d’amour, de revenants ?) se raconte, un suspense s’installe. » Arlette Bonnard et Alain Enjary jouent Seuil, du lundi 2 mars au vendredi 13 mars 2015, au théâtre L’Échangeur, 59, avenue du Général-de-Gaulle, 93170 Bagnolet, métro Gallieni.  Claude-Marie Trémois.  ESPRIT


Bêtes – présentation

Affiche : Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau


Bêtes
,  textes de  Allais, Andersen, Apulée, Bach, Baudelaire, Carroll, Cros, Daudet, Fabre, Grimm, Hugo, Jacob, Jay-Gould, Kafka, Kipling, La Fontaine, Leopardi, Melville, Michaux, Pelt, Prévert, Renard, Ronsard, Ségur, Sylvestre, Tchouang-Tseu, Trenet, conception Arlette Bonnard et Alain Enjary, avec Arlette Bonnard, Alain Enjary et Anna Pabst, lumière et régie Éric Fassa, collaboration artistique Danièle Gironès, dans Le jardin de Marie-France, 40, rue du Camp de Bataille, 30400 Villeneuve-lès-Avignon, du 7 au 28 juillet 2012.

En 2013, du 24 mars au 8 avril, Île de la Réunion. Représentations organisées par le Théâtre des Bambous, dans des « écarts » et des villages autour de St Benoît, et  auxquelles sont associées diverses interventions (échanges avec des compagnies réunionnaises et animations en milieu scolaire).


Les Bêtes (et leurs auteurs) par ordre d’entrée en scène :

escargots Hans Christian Andersen
diplodocus, etc Jean-Marie Pelt, Stephen Jay Gould
crapaud Jules Renard, Jacob et Wilhelm Grimm, Max Jacob
vermine Franz Kafka
baleine Herman Melville
chimère Charles Baudelaire
âne Charles Trenet
papillon Tchouang-Tseu
toves, borogoves, etc Lewis Carroll
jument Max Jacob
chèvre Alphonse Daudet
loup Jean de La Fontaine
lion Anne Sylvestre
cochon Alphonse Allais
chenille Henri Michaux
cigale Jean-Henri Fabre

(entracte)

chien Victor Hugo
moineau Jacob et Wilhelm Grimm
cheval Jacques Prévert
tourterelle Ronsard
coccinelle Victor Hugo
chatte Charles Cros
chat Rudyard Kipling
âne Apulée, Comtesse de Ségur
kangourou Charles Trenet
goéland Richard Bach
oiseaux Giacomo Leopardi

Et toutes les Bêtes qu’on regrette (et leurs auteurs), d’avoir dû laisser en coulisses :

Celles qui se sont fait un nom : Argos, le chien d’Ulysse, qui, au bout des vingt ans d’absence de son maître, et bien qu’il soit méconnaissable, le reconnaît et meurt sur un tas de fumier ; Husdent, celui de Tristan et Iseult, qui chasse en silence pour ne pas trahir les amants enfuis dans la forêt ; Rossinante, bien sûr, qui porte Don Quichotte, tout au long de sa Quête ; Smaug, le dragon cambriolé par Bilbo le Hobbit… Celles qui sont de tout près liées à un autre nom : le Lion qui adopte Yvain, le Chevalier au Lion, le Mammouth, qu’apprivoise Naoh (de la tribu des Oulharm), la Cane de Jeanne, le Chat de Margot, ou le Renard du Petit Prince, le (gros) Poisson qui avale Jonas, et plus tard Gepetto, la femelle Requin qui s’accouple avec Maldoror, le Lapin en retard d’Alice, l’Aigle accroché au foie de Prométhée, mais aussi l’Âne de Stevenson, le Corbeau d’Edgar Poe, le Scarabée de Fabre, et les Oiseaux de Saint François… Celles qui ont eu un nom, ou qui en auront un : la Grenouille qui devient Princesse, l’Autre qui était Prince, le Cerf qu’est devenu Actéon pour avoir vu la déesse nue, les Serpents enlacés en quoi s’est transformé le couple Harmonie et Cadmos, la Chatte métamorphosée en femme, l’ancien Singe au rapport devant l’Académie… Celles, anonymes, dans la foule, Fourmis, Abeilles, Termites, décrites par Maeterlinck, les Ânes en procession, Francis Jammes au milieu, qui vont au Paradis… Celles qui font leur apparition dans l’éclair du Haïku. Ou rassemblées dans les bestiaires d’Apollinaire, Desnos, Borges, Vialatte, ou qui dialoguent chez Colette… Et d’autres encore : l’Oison (duveté) élu meilleur torchecul par le petit Gargantua ; l’Huître géante à la perle aussi grosse qu’une noix de coco (bijou inestimable), et connue seulement du capitaine Nemo ; Celle dont on ne sait rien, même pas la  race, ni l’espèce, rien des Ennemis qui l’obsèdent, rien à part son enfermement dans le « Terrier » labyrinthique, qu’elle a bâti et perfectionne avec tellement de science, de passion, de conscience… Beaucoup d’autres, autant dire toutes, toutes celles que Noé, lui, a pu embarquer ! Toutes celles qui s’en fichent d’avoir un nom ou non, d’être cataloguées, comme l’Éléphant de mer (cher à Prévert) qui ne sait pas qu’il en est un : « L’éléphant de mer ou l’escargot de Bourgogne, ça n’a pas de sens pour lui, il se moque de ces choses-là, il ne tient pas à être quelqu’un. »


BÊTES
« Nous sommes de même étoffe, de même substance que la bête. Pas un être organisé, si humble soit-il, dont je ne me sente le frère, et non pas affectivement mais rationnellement. »
écrivait Jean Rostand, biologiste, et le chef indien Sealth disait : « Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes de montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille. » La pensée scientifique et la « pensée sauvage » en tout cas montrent ici une étrange parenté, une espèce de fraternité objective, dans les conclusions, du savant et du sauvage — ainsi qu’il se nomme lui-même.
Les voies sont divergentes. L’un dissèque les grenouilles pour en apprendre toujours plus, l’autre demande pardon au bison de le tuer pour vivre. L’un croit que « chaque parcelle de cette terre est sacrée », l’autre « croit fermement à l’évolution des êtres organisés ». Mais si on remonte à la source de ces deux attitudes, on y constate aussi quelque chose de commun : l’étonnement. S’il est clair chez l’indien, le chercheur ose avouer, sur la question de l’existence, « un état d’incompréhension effarée », et, après avoir affirmé son adhésion sans restrictions aux  découvertes darwiniennes sur les métamorphoses et l’évolution des espèces, ajoute : « Je n’ai garde, pour cela, de méconnaître le caractère extraordinaire, voire fantastique, des transformations que nous sommes tenus d’imaginer dans le passé de la vie, et dont il semble que ne s’étonnent suffisamment ni les profanes, qui ne se doutent pas des difficultés qu’elles soulèvent, ni peut-être certains spécialistes, trop familiarisés avec l’idée transformiste. »
On oublie comme il est étrange d’exister comme tout le reste — dans la catégorie des bêtes en l’occurrence — et tout en le sachant, par-dessus le marché. En renouvelant notre relation aux bêtes justement, qu’elles soient en dehors ou au-dedans de nous, sur tous les modes, la fantaisie, le drame, la fiction, l’humour, l’observation, la sensualité, beaucoup d’auteurs, et non des moindres, éveillent ce souvenir, raniment notre surprise, sinon notre émerveillement, avec trois comédiens, dans un jardin, au soir qui vient.

Bêtes – photos (création et reprise à la Réunion)

photos : Marie-France Arcelin et Alain Enjary

Bêtes – presse

BÊTES Compagnie Ambre, Jardin de Marie-France, Villeneuve lez Avignon.

Loin de la fureur bruyante du Off et de ses vilaines affiches, on peut trouver un havre de paix en haut de Villeneuve pour déguster un délicieux spectacle réservé à quelques élus, autour de textes sur les animaux. Les trois excellents acteurs jonglent avec des textes d’Alphonse Allais, Apulée, Baudelaire, Kafka, Melville, Michaux, Trenet parmi ceux qu’on a pu reconnaître, avec un naturel déconcertant. Nous sommes une quinzaine, assis en rond sur des chaises; les trois acteurs ont des chaises rouges, ils se lèvent parfois pour disparaître derrière les buissons, la jeune Anna joue de l’alto, au moment où le texte d’Apulée risque de déconcerter les jeunes oreilles, elle les emmène pour leur raconter la comtesse de Ségur. Une vraie poésie très théâtrale, sans aucun accessoire, seulement un cercle de lumière qui varie. Nous retrouvons autour d’un verre Alain Enjary et Arlette Bonnard, on se souvient d’eux dans Le cercle de craie Caucasien de Mehmet au TGP de José Valverde au début des années 70, elle une émouvante Groucha, lui un Simon Chachava très présent. La compagnie Ambre qu’ils ont fondée voilà des années, a monté une trentaine de spectacles, parmi les derniers on peut se souvenir des Piliers vu à Paris (à la Générale ?). Leur convention de la DRAC vient d’être dénoncée. Marie-France, notre hôtesse est photographe, elle les suit depuis des années.
  Edith Rappoport. journal-de-bord.blog

Bêtes ♥♥♥

Le jardin de Marie-France

La Cie théâtrale Ambre (Ile de France) revient dans le jardin de Marie-France à Villeneuve, dans cet espace verdoyant, un peu sauvage. Pour son nouveau spectacle : « Bêtes », Alain Enjary a puisé dans un bestiaire qu’il a constitué à partir de textes littéraires sur les animaux, librement interprétés, délivrés en jeux.
 Les « Bêtes » chez Allais, Andersen, Apulée, Bach, Baudelaire, Brassens, Carroll, Cros, Daudet, Fabre, Grimm, Hugo, Jacob, Jay-Gould, Kafka, Kipling, La Fontaine, Leopardi, Melville, Michaux, Pelt, Prévert, Renard, Ronsard, Ségur, Sylvestre, Tchang-Tseu, Trenet. 
De la chenille à la baleine ou au quetzalcoatus, en passant par l’âne, la cigale, le chien, le lion et autres…
 »On oublie comme il est étrange d’exister comme tout le reste — dans la catégorie des bêtes en l’occurrence — et tout en le sachant, par-dessus le marché. En renouvelant notre relation aux bêtes justement, qu’elles soient en dehors ou au-dedans de nous, sur tous les modes, la fantaisie, le drame, la fiction, l’humour, l’observation, la sensualité, beaucoup d’auteurs, et non des moindres, éveillent ce souvenir, raniment notre surprise, sinon notre émerveillement », souligne Alain Enjary.
 Avec trois comédiens, dans un jardin, au soir qui vient. Un plaisir littéraire et de détente. Laissez- vous surprendre. Jacqueline Armand. LA PROVENCE

Je viens chercher Jean

Collaboration avec la Compagnie de la Trace:

Je viens chercher Jean, d’après les témoignages de Tania recueillis et transcrits par Isabelle Bouhet et Christian Compagnon, adaptés au théâtre par Alain Enjary, scénographie et mise en scène : Arlette Bonnard, réalisation du dispositif et lumière : Alain Bernard Billy, avec Isabelle Bouhet et Christian Compagnon. Coproduction Région Poitou-Charentes, Mai!son pour tous de Châtellerault, Association Accord à Châtellerault, Compagnie de la Trace ciedelatrace@gmail.com


Création : 21 octobre 2011. Maison pour tous, Châtellerault.

Reprises : 2012, 2013, 2014, 2015. Civray,  Nouaillé-Maupertuis, Nouveau Théâtre de Châtellerault, CAP Sud de Poitiers, etc.

Reprise : juillet 2014. Jardin de Marie-France, Villeneuve-lez-Avignon.

Affiche Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau


photo : Marie-France Arcelin


Oui – présentation

OUI, d’Alain Enjary, par Arlette Bonnard. Collaboration artistique Alain Enjary et Danièle Gironès. Lumière Eric fassa. Construction Michel Tardif. Production AMBRE. Avec l’aide du Théâtre Paris-Villette. (Premières présentations « en chantier », collaboration artistique Christine Tiana, au Regard du Cygne, Paris, septembre 2008.) Du 24 janvier au 14 février 2011, au Passage vers les Étoiles, 75011 Paris.

affiche : Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau

Le personnage principal de OUI est une femme. Principal, il l’est forcément puisqu’il est seul ! Mais OUI n’est pas un monologue, c’est la partie émergée ou audible d’une série de dialogues avec des partenaires invisibles. Qui sont-ils ? Sont-ils vivants, morts ?  Partagent-ils le même temps ? Le même espace ? Pour nous, spectateurs, ils ne sont présents que par les silences plus ou moins brefs dans le corps du texte, mais qui, loin de ralentir le récit, le relancent et le dynamisent, et le colorent, bien sûr, de chacune de ces autres présences imaginées. (Pour le spectateur, c’est aussi un jeu, une histoire en morceaux, le puzzle d’une vie à reconstituer).

Elle habite une demeure, un domaine trop grands pour elle, et pour qui ce soit, sans autre contrepartie que d’y être présente ; le propriétaire ne vient pas, semble avoir toujours autre chose à faire. Elle est là toute seule, reliée au reste du monde uniquement par les appels qu’elle reçoit, sans pouvoir en donner elle-même. Elle sait qu’elle ne sait pas ou qu’elle a oublié pourquoi. C’est étrange et réel, invraisemblable et vrai. (Que celui qui n’est pas un mystère pour lui-même lui jette la première réponse !)

Le temps se déroule, partagé entre ses occupations et les « visites » des absents ; les saisons se succèdent, le temps se montre fantasque ; arrivent quelques évènements surprenants, des perturbations inquiétantes, des intrusions…  Un monde qui s’émiette, qui va être absorbé ? Mais dans cette histoire qui mêle le fantastique au familier, le plus étrange est la confiance, l’utopique tranquillité avec lesquelles Elle, elle assume cette « présence », cette singularité, cette solitude, et accomplit, en toute conscience et innocence, ce périple qui la conduit on ne sait où, ailleurs… Sereine face au non sens, elle ne craint pas non plus de signifier quelque chose. Alors chacun, chacune, en liberté et en secret, peut se faire, de son aventure, une image accordée aux siennes, intimes ou collectives, ou les deux à la fois (par exemple à l’énigmatique réalité de notre solitude peuplée).

Arlette Bonnard  Alain Enjary

À l’entrée du « Passage vers les Étoiles »

Oui – photos

photos Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau

Oui – préparation

Parler tout haut à des absents n’importe où et n’importe quand n’a plus rien d’étonnant. Mais Celle qui parle ainsi, dans OUI, n’a pas de fil, ni d’oreillette, de micro, de sonnerie ou de clavier, pas d’appareil. Cela aussi pourrait ne pas sembler étrange : comme ce qui progresse s’empresse d’être banal, on risquerait de conclure à un simple futur, où des greffes de puces, nano machines, etc.,trafics chimiques, génétiques, ou savoir quoi, amplifieraient nos émissions et nos réceptions cérébrales, boosteraient communications et circulations neuronales, on se croirait dans de la science-fiction — ce qui n’est pas le cas. Cela pourrait paraître normal, aussi, si on jugeait qu’Elle, elle n’était pas dans un état normal, qu’elle n’avait pas, ou plus, pour telle ou telle raison, ou faute de raison, le sens de la réalité — ce qui n’est pas juste.

Autant donc se passer de théories ou d’hypothèses du genre physique, psychologique, et tant qu’on y est, ne pas s’en remettre non plus à d’autres d’ordre métaphysique, philosophique, ni en bâtir de nouvelles de type féerique, fantastique — bref, ne pas se casser la tête !

Telle qu’elle est, cette femme répond aux appels qu’elle reçoit de gens qui ne sont pas là, c’est un postulat, à prendre tel quel, et tel qu’Elle le prend, simplement et concrètement. C’est étrange et réel, invraisemblable et vrai. On est bien assez grands pour s’offrir le luxe un moment de se passer d’explications ? Se permettre d’être étonnés en prenant les choses comme elles sont ? Comme Elle, avec une confiance, face à ce qui arrive, tout aussi surprenante, une utopique tranquillité devant ce qui est — car plus étrange encore que sa situation est son naturel à la vivre. Il n’y a plus qu’à l’écouter la raconter en bribes à ses correspondants absents, et nous, présents comme elle, à en faire aussi l’expérience.

Elle est là, dans une demeure, un domaine trop vaste pour elle, elle sait qu’elle ne sait pas ou qu’elle a oublié pourquoi, et elle n’en fait pas tout un plat ; le propriétaire ne vient pas, semble avoir toujours autre chose à faire ; elle reçoit des appels, sans pouvoir en donner ; pour elle, c’est naturel, y compris les questions que ça pose, et même l’angoisse qu’à la fin, peut-être, ça suppose.  Que celui qui n’est pas un mystère pour lui-même lui jette la première réponse …

Quant à parler à des absents, qui sait si sous les habitudes  contemporaines téléphoniques, informatiques, les prosaïques addictions technologiques au virtuel, il n’y aurait pas des secrets élémentaires et surprenants ? Par exemple, l’ancien et poétique instinct d’aimer loin pour mieux désirer, par-delà l’espace et le temps, la tragique soif d’un ailleurs, l’antique aspiration à l’Autre, à l’inconnu, au vraiment autre, l’éternelle panique, en même temps, de vivre une pareille différence, ce qui pourtant, peut-être, rendrait chacun, chacune enfin entier, inaliénable, insaisissable, irremplaçable, solidaire parce que solitaire ? Ou encore, justement, l’énigmatique réalité de notre solitude peuplée ?

Alain Enjary

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